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LA MEMOIRE DU THEATRE SLOVAQUE


par Miloš Mistrík

 
Parler de la mémoire dans le contexte de l'art théâtral est une entreprise tres risquée. Le spectacle est un phénomene passager, et une fois terminé, il n'en reste pratiquement rien. L'architecture crée la mémoire des villes et partout, dans tous les pays, il y a des souvenirs éparpillés témoignant de l'existence des civilisations anciennes, voire millénaires. Mais que reste-t-il du jeu d'un acteur? Seulement l'ombre de son geste et l'écho des ses paroles. Quant aux pieces de musée se rapportant a l'histoire du théâtre, il en reste fort peu. Ainsi, la mémoire du théâtre ne s'appuie que sur quelques éléments, elle est instable comme le reve et elle est tributaire de l'interprétation de l'époque et de l'idéologie de l'histoire. La, ou il n'y a pas de faits précis, naissent des suppositions et des constructions.
 
Et c'est ainsi, que la naissance du théâtre slovaque remonte a 1830, cette année-la fut enregistré le premier spectacle dans la ville de Liptovský Svätý Mikuláš. Sous la direction de Gašpar Fejérpataky-Belopotocký, les bourgeois et surtout les étudiants slovaques y ont représenté la comédie de l'auteur dramatique slovaque Ján Chalupka Kocúrkovo (Trifouillis-les-Oies). Ce spectacle fut de leur part un acte culturel conscient. Cependant, cette date reste plutôt symbolique. Il se peut que ce soit la date a partir de laquelle se déroule l'histoire du théâtre amateur slovaque au XIXe siecle, mais ce n'est point le début de l'histoire du théâtre en Slovaquie.


Ou commence l'histoire du théâtre slovaque?

 
La mémoire de notre théâtre est une affaire beaucoup plus ancienne, elle remonte a une époque ou il y a tres peu de traces sur les spectacles. Nous supposons que les premieres manifestations théâtrales de l'ethnie slovaque remontent aux IXe et Xe siecles, a l'époque de l'Empire de la Grande Moravie que nos ancetres avaient fondée a ce moment de l'histoire. Peut-etre ont-elles commencé encore plus tôt, mais nous n'en avons pas de preuves directes. Seul quelqu'un de tres naif pourrait croire en l'existence d'un vieux costume, d'un masque ou d'un luth qui vibrait jadis entre les mains d'un comédien. Nous savons pourtant que le métier d'acteur existait déja a ce moment de l'histoire et d'apres d'anciens documents écrits, il y avait meme un mot slovaque pour le désigner, igric, un mot qui correspondait au mot latin joculator. En témoigne le fait que, depuis cette époque, il existe un document mentionnant le nom du village slovaque Igram qui, suivant les habitudes de ce temps-la, désignait la profession des habitants du village. Mais restituer ce qui se passait pendant les spectacles, quels genres de bouffons y participaient, a partir de quels textes ils travaillaient, cela, personne ne pourra jamais le faire. N'oublions pas que nous ne parlons pas de l'époque de l'Antiquité grecque et romaine, mais de l'Europe médiévale ou les interdictions de l'église supprimaient l'activité théâtrale et ou les acteurs étaient des marginaux.
 
Les preuves indirectes de l'existence du théâtre a cette époque peuvent etre complétées par l'analyse des rites populaires qui existent sporadiquement, meme de nos jours, et qui ont leur origine dans les traditions paiennes, telles les fetes populaires liées a l'arrivée du printemps, la destruction de Morena (déesse de l'hiver), les fetes célébrant la fertilité, les fetes des vendanges, etc. Ces rites se manifestent encore aujourd'hui dans la tradition populaire et dans le folklore, et ils nous permettent de deviner quelles actions collectives nos ancetres présentaient. Chez nous, le théâtre est né a l'époque du passage vers le christianisme, c'est-a-dire pendant l'existence de l'Empire de la Grande Moravie aux IXe et Xe siecles.
 
Depuis cette époque, notre pays n'est jamais resté sans théâtre, eut-il appartenu a quelque souverain qui fut. L'historiographie commettrait une erreur, si elle ne voulait pas situer la mémoire du théâtre slovaque dans cette période de l'histoire, de meme si elle ne reconnaissait pas la tradition de la culture latine si typique du Moyen Age européen et qui, bien sur, existait meme chez nous. Au Xe siecle et a travers les siecles suivants, nulle part en Europe, les langues nationales n'ont réussi a s'établir dans le domaine de la grande culture. C'est la culture latine qui prédominait un peu partout, y compris en Slovaquie.
 
Nous nous permettons donc d'intégrer aussi dans l'histoire du théâtre slovaque les pieces liturgiques écrites en latin, dont témoigne le Codex de Pray du XIIe au XIVe siecle, et les mysteres qui furent joués sur le parvis des églises et sur les places des villes médiévales. A Bratislava, on a retrouvé un relevé numérique se rapportant a la représentation de la Passion en 1439. De la meme époque provient une liste de la vieille ville de Bardejov qui contient les noms de 54 personnages dramatiques et les noms des bourgeois qui les jouaient. Nous mentionnerons également qu'en ce temps-la déja, a ces représentations de masse se melait la langue du peuple, ici le slovaque et l'allemand, car ces deux ethnies étaient les plus importantes dans les villes slovaques.
 
Sans vouloir trop élargir ce voyage dans le temps, nous ne pouvons pas éviter de mentionner un détail : un important objet historique se rapportant au théâtre slovaque. Il s'agit d'un tombeau du Christ en bois, datant de la fin du XVe siecle, érigé en style gothique flamboyant qui provient du couvent de la ville de Svätý Beòadik en Slovaquie centrale. Il a de petites roues, qui lui permettaient d'etre poussé et de faire partie de l'action dans les représentations de la Passion. Il est complété par une statue de Christ, tout a fait particuliere, parce qu'elle a des membres mobiles comme une marionnette. Ces membres mobiles permettaient aux acteurs d'enlever pendant le spectacle le corps du Christ de la croix et de le déposer au tombeau. Les bénédictins sont venus dans la ville de Svätý Beòadik en 1075 ; ils appartenaient aux ordres qui organisaient régulierement des jeux liturgiques. Ce merveilleux objet en bois taillé fut cependant transporté a la fin du XIXe siecle a Esztergom. Malheureusement, il demeure en Hongrie encore aujourd'hui.
 
Dans notre recherche sur l'évolution du théâtre slovaque, nous ne pouvons nous appuyer que sur quelques faits et de rares documents. Son étude devient encore plus compliquée, si l'on regarde le paysage politique de cette époque. Tandis que certaines nations, plus heureuses que les Slovaques, se créaient leur État national, les Slovaques, bien qu'ayant développé un certain sentiment national, restaient intégrés dans la Hongrie et dans la monarchie habsbourgeoise. C'est pour cela que les influences politiques y étaient tres diverses et changeantes. Apres la langue d'origine, le vieux slovaque (slovienèina) de la Grande Moravie, vint le latin, plus tard, pendant plusieurs siecles, l'allemand, le tcheque biblique et le hongrois. Ainsi, la langue littéraire de la nation opprimée ne put s'imposer qu'a partir de la fin du XVIIIe siecle.
 
Plusieurs érudits slovaques renforcerent par leurs oeuvres la culture des nations voisines. Pavel Kyrmezer est devenu au XVIe siecle le fondateur du drame tcheque, il en fut de meme pour Juraj Tesák Mošovský au XVIIe siecle. Le premier opéra polonais fut écrit au XVIIIe siecle par un Slovaque, Matej Kamenský.
 
Le protestantisme apporta en Slovaquie la tradition allemande des jeux scolaires, qui ne furent plus joués sur les places publiques. Ce n'étaient plus des spectacles de grande ampleur, avec le décor multiple juxtaposant sur la scene diverses mansions et joués sur de hauts podiums, mais des spectacles dans des salles de classe, représentés par des éleves pour un public choisi. Ce furent les jésuites qui encouragerent le plus le développement du théâtre. Ils donnerent leurs spectacles en latin, mais, avec le souci d'influencer le public, ils ne s'opposerent meme pas a la langue du peuple, c'est-a-dire au slovaque. Conformément a leur mission, ils apporterent au XVIIe siecle en Slovaquie une vie théâtrale riche, non seulement par la fréquence des représentations - les documents mentionnent pres de 10 000 pieces en 170 ans - , mais également au niveau du décor, des effets scéniques et du caractere solennel des représentations. A partir de cela, ils poursuivaient un but bien précis qui fut celui de renforcer le sentiment religieux des spectateurs.
 
Il serait souhaitable que cette courte esquisse puisse mettre en évidence le fait que le théâtre slovaque, qui commença a etre joué en 1830 dans la ville de Liptovský Svätý Mikuláš, n'était pas né de rien, bien au contraire, car il représente une fleur supplémentaire sur la branche d'une tradition théâtrale séculaire. Le fait que ce soit justement lui qui ait souligné le caractere slovaque au sens nouveau du terme, ne signifie pas qu'il ait commencé sans mémoire. Bien que nul ne saura peut-etre jamais quels sentiers il a traversés, en passant d'une génération a l'autre, des catholiques aux protestants, du théâtre latin au théâtre allemand et slovaque, de ville en ville, d'une région a l'autre. Nous pouvons supposer qu'il existait de vieux manuscrits et des textes imprimés (certains sont connus, d'autres restent a découvrir - il faudrait regarder a nouveau dans les bibliotheques de Budapest) et que, pendant de longues soirées, des anciens racontaient aux jeunes des histoires. Tout cela a une époque, ou il y avait plus de temps pour tout. Beaucoup de documents sont la pour témoigner de l'activité de comédiens ambulants qui jouaient sur les places des marchés et aux carrefours des grandes routes, partout sur ce territoire et de tout temps. Plus tard, des troupes étrangeres y effectuerent des tournées, surtout des troupes italiennes et des troupes allemandes et par la suite, a partir de la fin du XIXe siecle, quelques troupes tcheques et surtout des troupes hongroises. C'était a une époque, ou le théâtre en Hongrie était déja tres bien organisé et subventionné par l'État, dans le but de magyariser les nations non magyares. Rien d'étonnant alors a ce que les Slovaques aient commencé, a partir de 1830, a donner a leur propre théâtre une fonction défensive et c'est aussi dans ce sens qu'ils le cultivaient.
 
Toute la littérature dramatique slovaque de cette époque fut condamnée a etre représentée d'abord dans des théâtres amateurs a l'instigation de grands noms dont les plus importants sont : l'auteur satirique Ján Chalupka, l'historien JonᚠZáborský qui s'est caractérisé par son esprit critique et l'auteur de comédies Ján Palárik, un pretre catholique. De dures représailles, menées de Budapest, empecherent de fonder des théâtres et des écoles slovaques, ainsi que des associations et des musées. Toute tentative dans ce sens devint l'objet de persécution et de liquidation. L'institution culturelle de la nation slovaque, Matica slovenská, qui fut créée a partir d'une collecte dans la ville de Martin en 1863, fut interdite des 1875. Alors qu'ailleurs en Europe, des conditions plus démocratiques permirent aux habitants d'ériger leur propre théâtre national et de créer tout un réseau de troupes professionnelles, en Hongrie, les Slovaques essayerent de sauver au moins quelques "drageons" de leur propre culture.
 
Une autre collecte nationale, organisée a l'époque de la plus grande répression, permit en 1889 de fonder a Martin un centre culturel composé de quelques locaux, d'un atrium et d'une grande salle de réunion. Ce centre obtint le nom simple de Dom (Maison). A l'origine, il aurait dû s'appeler Národný dom (Maison nationale), mais les autorités hongroises l'avaient interdit. Cette Maison permit au théâtre slovaque de s'affirmer. L'un des meilleurs ensembles amateurs : le Choeur slovaque (Slovenský spevokol) formé en 1872 et dont le rôle fut de suppléer au Théâtre national qui n'existait pas, s'y produisait régulierement, créant ainsi des conditions préalables a un futur théâtre slovaque professionnel. A Martin, capitale officieuse de la Slovaquie, on organisait chaque année des rétrospectives et des concours d'art dramatique, ainsi que des rencontres de personnalités éminentes. Au XIXe siecle, les activités des théâtres amateurs se répandirent successivement sur tout le territoire de la Slovaquie, et elles ne purent jamais etre completement éliminées par la politique hongroise, si répressive fut-elle.


La continuité du théâtre slovaque apres 1918

 
Pour la mémoire de l'homme, ce qu il y a de pire, ce sont les ruptures occasionnelles, les effacements et les oublis. Il en est de meme pour le théâtre. Meme si nous parlons d'une certaine continuité dans le développement du théâtre en Slovaquie, défions-nous de croire que ce fut un processus simple et sans conflits dont, hélas, maintes preuves existent!
 
Il est paradoxal que l'une de ces ruptures ait été aussi la création du premier théâtre professionnel en Slovaquie en 1920, donc apres la chute de la monarchie austro-hongroise. A l'époque ou la Slovaquie allait enfin retrouver sa liberté au sein de la nouvelle Tchéco-Slovaquie, on aurait pu s'attendre a un essor de la culture et de l'art en général, a ce que toute la vie sociale et politique se produise a partir de la base, c'est-a-dire a partir des sources du pays, par un choix naturel et démocratique.
 
Mais le contraire se produisit. La Slovaquie, fraîchement libérée du joug austro-hongrois, fut alors colonisée par des employés et des représentants du nouveau pouvoir venus de Boheme. On lui imposa la conception de la nation tchécoslovaque ce qui fut d'ailleurs une fiction politique, une méthode plus subtile de mettre fin a l'indépendance slovaque. Cette méthode était au fond la meme que celle employée auparavant par les autorités hongroises.
 
C'est cela qui entraîna la rupture dans l'évolution du théâtre slovaque. Le nouveau Théâtre national slovaque (Slovenské národné divadlo), créé en 1920, au lieu de recruter les meilleurs acteurs amateurs et les metteurs en scene, ayant déja prouvé leur talent, suivit un tout autre chemin : la base du premier théâtre professionnel en Slovaquie se composait alors d'une troupe ambulante tcheque de seconde ordre que l'on fit installer a Bratislava sous le nom du Théâtre national slovaque. Ce fut une dérision de la culture slovaque, mais également une rupture dans l'évolution, une nouvelle perte de la mémoire. Quelques acteurs amateurs slovaques se présenterent aussi au concours d'entrée, mais cinq seulement y furent admis et quitterent tres vite la troupe tant ils furent déçus du travail au théâtre.
 
On ne peut pas anéantir une idée par une mesure administrative. L'idée de créer un théâtre slovaque, qui s'était formée successivement dans les décennies et les siecles précédents, a été ainsi endommagée. Mais des mécanismes continuerent a fonctionner ce qui empecha sa perte définitive. Le Théâtre national slovaque, basé sur la conception tchécoslovaquiste, n'a fait que tâtonner pendant dix ans. Le théâtre connut plusieurs directeurs, il devenait l'objet de discordes politiques et menait une existence difficile, faute de subventions suffisantes. Il perdit également la faveur de son public. Les résultats artistiques étaient misérables, surtout au sein de la troupe dramatique. La position de la section opéra s'avéra meilleure, grâce au compositeur tcheque Oskar Nedbal qui, pendant un certain temps, assuma la direction du théâtre. Il faut dire aussi que le théâtre lyrique, par son répertoire traditionnel, de portée internationale, dépend moins du climat politique et social que l'ensemble dramatique. Oskar Nedbal, tourmenté par la situation du théâtre, se suicida...
 
Peu a peu, grâce au courant naturel de l'évolution, l'influence du milieu slovaque se fit sentir, et au Théâtre national slovaque une tendance nationale et autonome se fraya un chemin qui l'opposa a la conception tchécoslovaquiste. L'ensemble du théâtre fut enrichi par la présence de Janko Borodáè qui fonda une nouvelle tradition correspondant enfin au nom du théâtre. Borodáè, puisant dans la mémoire du théâtre amateur slovaque et non pas dans celle du théâtre tcheque importé, fut un partisan du théâtre psychologique et réaliste. Il s'orienta vers le répertoire classique slovaque et vers le drame réaliste mondial. Il se trouva a la tete d'un mouvement dont le but était la slovaquisation du Théâtre national (c'est un paradoxe, unique en Europe, qu'on se batte pour le caractere national d'un Théâtre national). Des 1932, ou le directeur tcheque s'est vu obligé de diviser la troupe en deux parties : tcheque et slovaque, Borodáè devint directeur de la partie slovaque et prit en mains l'initiative artistique. Bientôt, grâce a de nouveaux acteurs déja pourvus d'une formation solide qui vinrent l'enrichir, et grâce aussi a une bonne dramaturgie et a une foule d'oeuvres traduites, Borodáè put présenter en plus grand nombre les meilleures pieces, classiques et modernes, du répertoire mondial. Il put s'appuyer également sur les oeuvres de ses compatriotes contemporains, parmi eux, citons Jozef Gregor Tajovský, Ivan Stodola et Július Barè-Ivan.
 
Une autre grande personnalité du Théâtre national slovaque fut des la fin des années trente Ferdinand Hoffmann, également issu du milieu amateur, cette fois-ci, du milieu amateur de Martin. Ce metteur en scene eut d'autres préférences que Borodáè. Il préféra le drame expressionniste et symboliste. Il usa de procédés modernes de la mise en scene pour abandonner la ligne réaliste.
 
La troisieme grande personnalité liée au Théâtre national slovaque fut le metteur en scene Ján Jamnický qui s'inspira avant tout de l'avant-garde de l'entre-deux-guerres et qui créa un genre théâtral poétique avec des images métaphoriques.
 
Ainsi, en dépit de quelques décisions administratives douteuses, qui marquerent les débuts de l'existence de l'État tchéco-slovaque, on réussit a slovaquiser le Théâtre national. Il ne s'agissait pas de donner aux artistes slovaques des positions privilégiées par rapport a leurs collegues tcheques. Car meme parmi les artistes tcheques travaillant en Slovaquie, il s'en trouvait certains qui encourageaient sincerement le développement de la culture slovaque et leurs contributions, bien qu'implantées dans notre milieu, eurent une influence positive. A titre d'exemple, citons le metteur en scene Viktor Šulc : il instaura a Bratislava une ramification de l'avant-garde théâtrale tcheque qui avait inventé le poétisme et affichait des idées de gauche.
 
En 1939, année de la fondation de la premiere République slovaque, le Théâtre national slovaque était suffisamment fort pour mettre fin au schisme des décennies précédentes. Une troupe dramatique slovaque fut alors créée a partir de la fusion des deux précédentes. La premiere République slovaque se montra, des sa création, aussi favorable a la section lyrique du Théâtre national slovaque, car, des cette époque, la troupe recrutait un plus grand nombre de chanteurs slovaques. Ceci contribua a une formation rapide de l'école slovaque de chant et fut a la base de nombreux succes au niveau international.
 
Pendant la courte existence de la premiere République tchéco-slovaque entre les deux guerres, l'activité du théâtre professionnel slovaque se concentra presque exclusivement a Bratislava. Pendant la période de l'entre-deux-guerres, il y eut deux tentatives de courte durée pour la création d'un théâtre professionnel a Košice. A cette époque, aussi deux troupes ambulantes existaient en Slovaquie ; on envisagea également la fondation d'un théâtre dans la ville de Nitra. Pour ce qui est des théâtres amateurs, leur réseau, endommagé par les Hongrois, devint beaucoup plus dense apres la chute de l'Empire austro-hongrois en 1918. Ils étaient tres bien organisés et avaient, dans le contexte de la culture slovaque, une position importante.
 
Dans l'ensemble, on peut dire que pour les années vingt et trente, c'etait bien peu, vu les besoins réels du pays, mais également beaucoup, étant donné la situation misérable dans laquelle se trouvait la culture slovaque auparavant. Il faut dire aussi, qu'apres 1918, l'intelligentsia tcheque tendait aux Slovaques une main secourable. Plusieurs instituteurs et amis tcheques sont venus en Slovaquie dans les premieres années de l'existence de la Tchéco-Slovaquie. Aujourd'hui, il n'est plus possible de dire ce qui aurait été mieux pour la culture slovaque : laisser libre cours au développement progressif de l'intelligentsia slovaque et lui donner l'occasion d'occuper les postes dans diverses institutions, ou , ce qui était réellement le cas, préférer les cadres tcheques qui ont ainsi occupé tous les postes clefs en Slovaquie. Dans les universités, dans les écoles et dans diverses institutions culturelles, les spécialistes tcheques ont néanmoins aidé l'intelligentsia slovaque a se développer. L'une et l'autre façon a ses côtés positifs et négatifs. Les Slovaques qui étaient le mieux intégrés dans les structures du pays n'ont pas succombé a la propagande tchécoslovaquiste. Ayant profondément ressenti les plus anciennes impulsions dans le développement de l'histoire slovaque, ils ont renouvelé, une fois de plus, la mémoire du théâtre et l'ont mise au service de leur propre pays.
 
Cette mémoire, qui n'est plus une mémoire abstraite, mais une mémoire concrete des hommes - qui savait tres bien qui était qui et comment qui s'était comporté - a joué un rôle important dans la vie théâtrale slovaque pendant le cataclysme de la guerre. Que la vie dans la premiere République slovaque ait été influencée par l'Allemagne nazie n'est pas un secret. Cette influence eut de mauvaises répercussions sur le théâtre. Le Théâtre national slovaque s'est vu alors obligé de retirer certaines pieces de son répertoire, de diminuer le nombre de ses acteurs. La mémoire de l'homme, que personne ne peut perdre sans en perdre en meme temps son visage, a su cependant s'opposer a cette pression. Les geneurs et les contestataires du régime trouverent refuge aupres des correspondants de la radio, ils partirent dans d'autres villes slovaques ou changerent tout simplement de profession, évitant ainsi de plus grandes pertes. Tous n'y parvinrent pas. Le metteur en scene Šulc qui, apres la déclaration de la premiere République slovaque prit la décision de retourner dans son pays natal : la Boheme, mourut dans un camp de concentration.
 
Pendant cette période difficile marquée par l'oppression, les artistes s'efforcerent de maintenir la tradition humaniste du théâtre slovaque et de ne pas céder aux passions de la guerre. Leurs efforts ont été couronnés par une série de créations émanant de metteurs en scene tels que Borodáè, Hoffmann et Jamnický. Pendant la courte durée de la premiere République slovaque, ils surent créer une culture théâtrale qui fait de cette époque l'une des plus réussies du théâtre slovaque. Et pas seulement sur le plan dramatique. A cette époque on a aussi créé les bases du théâtre lyrique slovaque moderne. La meilleure preuve en est la premiere de l'opéra Krútòava (La Tourmente) d'Eugen Suchoò en 1949. Cette période, l'une des plus belles de notre théâtre dont les bases avaient été créées dans les années trente, a connu des oeuvres qui constituent la mémoire moderne du théâtre. Cette mémoire est devenue meme plus tard, pendant le régime communiste, une source inépuisable ou les hommes de théâtre cherchaient et trouvaient l'inspiration.
 
En 1944, furent créés en République slovaque deux autres théâtres professionnels, l'un a Prešov, l'autre a Martin. Avec les théâtres de Bratislava et de Nitra, ils ont survécu a toutes les calamités dues aux changements dans la société, au passage des lignes de front, a la chute imposée de la République slovaque indépendante, ainsi qu'a la nouvelle République tchéco-slovaque qui, étroitement liée a l'arrivée de l'armée soviétique, portait déja les germes du futur régime communiste.
 
Le réseau des théâtres professionnels se stabilisa enfin a partir des années quarante et devint de plus en plus dense. Ce fut aussi grâce a l'idéologie du nouveau régime apres 1948. Malgré les restrictions des droits démocratiques des citoyens, ce régime pratiqua une politique culturelle basée sur des projets qui devaient servir de propagande.
 
A partir de la seconde moitié des années quarante, il y eut des théâtres permanents également a Košice, Spišská Nová Ves, Banská Bystrica, Zvolen, Žilina, Považská Bystrica, Trnava, Nitra, Komárno. On créa aussi d'autres théâtres a Bratislava, il y avait déja des théâtres a Prešov et a Martin. Le réseau théâtral comportait outre des théâtres dramatiques également des troupes du théâtre lyrique et de ballets, et des théâtres de marionnettes. A Komárno et a Prešov on créa des théâtres subventionnés par l'Etat pour les minorités hongroises et ruthenes.


Nouvelle perte de la mémoire et nouvelle continuité

 
La période dont nous allons parler maintenant, est pour les hommes de théâtre d'aujourd'hui un temps presque actuel qui fait partie de leur vie, de leur jeunesse et de leurs erreurs. Ce présent se reflete dans la mémoire et y provoque une discorde intérieure. Les changements politiques survenus depuis les années cinquante, c'est-a-dire l'époque du stalinisme, un certain dégel dans les années soixante, suivi de l'essai de démocratisation en 1968, l'époque dite de consolidation dans les années 70 a 80, le nouveau régime apres novembre 1989 et, finalement, la création de la République slovaque indépendante en 1993, tout cela représente une telle quantité de changements radicaux et en si peu de temps qu'actuellement tres peu d'individus peuvent prétendre ne pas y avoir été impliqués. Certains d'entre eux aimeraient oublier ce qu'ils ont fait auparavant. La mémoire de l'homme, d'une part la vérité, de l'autre la réalité de tous les jours qui propose ses propres solutions : que faut-il voir? que faut-il éviter? Nous vivons a une époque ou l'on conteste la mémoire. Jamais auparavant on n'a aussi souvent réécrit et faussé l'histoire que pendant les décennies récentes. Certaines personnalités et leurs oeuvres ont disparu pour réapparaître de nouveau. Les stalinistes les plus farouches sont devenus partisans de la fraternité tchéco-slovaque et les autres, ceux que le pouvoir officiel avait condamnés a vivre en marge de la société, faussement accusés de divers crimes, du traditionalisme chrétien et du séparatisme, ont pu voir enfin leur vérité se confirmer dans la courbe de l'histoire slovaque menant a la liberté. La vie est le meilleur théâtre et, pendant cinquante ans, le public a pu suivre, avec étonnement, des spectacles tragi-comiques sur les plateaux de l'histoire, des farces individuelles et collectives. Il serait préférable parfois de ne pas avoir de mémoire...
 
Des les années cinquante, commence une période qui, dans l'art en général et dans le théâtre en particulier, impose l'idée du réalisme socialiste, considéré a l'époque comme étant l'apogée de toute création artistique. Par la représentation réaliste de la réalité, l'auteur devait manifester son attitude communiste. Dans les premieres années, les plus froides, cela entraîna une interdiction presque complete d'utiliser la poésie et les métaphores dans les mises en scene, une certaine uniformité dans le choix des sujets et une uniformité dans le choix des pieces a représenter. Dans ces années, ou certains critiques de théâtre mettaient beaucoup de zele pour maudire le formalisme des mises en scene de Jamnický, d'Hoffmann et de Budský, et avec eux également le théâtre moderne, et ou sur toutes les scenes prédominaient la couleur rouge de la révolution, la couleur bleue des salopettes et la couleur grise de l'ennui, on vit surgir, telle l'eau fraîche de la source, le spectacle Une année a la campagne, montrant toutes les beautés du folklore slovaque, et Les Joyeuses Commeres de Windsor de Shakespeare laissant libre cours a la fantaisie et au jeu de nos acteurs.
 
Karol L. Zachar, qui monta Les Joyeuses Commeres, ne cessa d'apporter sur scene ambiance, humour, personnages touchants, portant en eux l'espoir que les hommes étaient capables de se comprendre. Tibor Rakovský, quant a lui, réalisa des mises en scene analytiques traitant de problemes universels. Jozef Budský repris ses préoccupations de jeunesse et créa un théâtre de métaphores imprégné d'une forte charge poétique. A ces trois noms, il faut ajouter également celui de Ladislav Vychodil, fondateur de la scénographie moderne en Slovaquie.
 
En cette période, marquée par des réglementations plus strictes de l'art, une conséquence positive du développement du réseau théâtral est la différenciation des procédés artistiques et celle des textes d'auteurs dramatiques slovaques. Le réalisme socialiste, ce terme pseudo-esthétique bizarre, est devenu des les années 60 un objet de dérision dans les coulisses. Il ne fut pas pris au sérieux et nul ne savait exactement ce qu'il voulait désigner.
 
Un peu partout en province, se formerent des groupes dirigés par des metteurs en scene, plus ou moins importants, qui créerent leur propre style, comme Pavol Haspra a Nitra, Jozef Palka a Košice et Miloš Pietor a Martin. Ces metteurs en scene officierent rapidement a Bratislava ; ils furent remplacés ensuite, a partir des années 70, par des membres de la jeune génération : a Martin, ce fut ¼ubomír Vajdièka, a Nitra Jozef Bednárik, a Trnava Blahoslav Uhlár et Juraj Nvota. Ces metteurs en scene exceptionnels travaillent a Bratislava aujourd'hui.
 
Ce balancement de l'histoire ou l'on changeait de costume, ou l'on oubliait volontairement son passé, ou bien une tendance liée au développement du théâtre européen, peut-etre les deux a la fois, ont fait que le théâtre slovaque a commençé, spontanément, dans plusieurs mises en scene et dans différents théâtres, a retrouver sa propre mémoire. Comment cela se manifesta-t-il? A partir de la fin des années 60, on assista a une vague de réinterprétations de textes dramatiques classiques. Le théâtre qui était jusqu'a cette époque presque entierement au service de la littérature, commença a chercher sa propre voie et a se découvrir de maniere plus intense. Il fut moins fidele au texte pour offrir une analyse perspective. Les spectateurs allaient au théâtre non pas pour voir une piece classique, mais sa forme actualisée. Ils venaient admirer des romans dramatisés, des scénarios composés comme des collages de plusieurs textes et des montages de paroles et de mouvements.
 
Auparavant, particulierement dans les années 50, le drame slovaque fut surtout lié a la problématique du pays ou aux sujets illustrant les événements du passé, par exemple, le Soulevement national slovaque (avec Peter Karvaš, le rationaliste ; Štefan Králik, le schématiste et Ivan Bukovèan, l'humaniste). Meme plus tard, dans les années 70, ce theme prédominait (avec Ján Soloviè, communiste engagé, et le philosophe Osvald Zahradník). Les générations d'auteurs plus jeunes, plus étroitement liés a la pratique théâtrale et ayant tiré une leçon de la réinterprétation des mises en scene, ont apporté au théâtre une approche encore moins littéraire et plus théâtrale : leurs pieces n'étaient pas marquées par l'éloquence des auteurs dramatiques ; elles témoignaient de leur capacité a construire et a saisir l'espace scénique et les métaphores. (MikulᚠKoèan, Peter Kováèik, Karol Horák, Peter Valo, Ivan Hudec, Andrej Ferko, Pavol Janík). Dans certains cas, surtout dans les années 80, c'étaient surtout des metteurs en scene, des acteurs et meme des troupes qui créaient des scénarios. A partir d'un theme nouveau, ceux-ci élaboraient pendant les répétitions un texte dramatique qui devenait partie intégrante de leurs propres mises en scene (cette méthode fut pratiquée a partir des années 60 par les comédiens Lasica et Satinský, par Stanislav Štepka au Théâtre naif de Radošina - Radošinské naivné divadlo - et, plus tard, par plusieurs troupes avec lesquelles a collaboré le metteur en scene Blaho Uhlár, surtout avec Stoka qu'il a créée).
 
L'art théâtral a donc refusé l'exclusivité de la littérature, il a recodé les messages cachés dans les textes dramatiques et créé ses propres contenus. Pour certains, cette approche revetait quelque chose de blasphématoire, surtout lorsqu'on s'attaquait a des auteurs tels que Tajovský, Euripide, Tchekhov ou Shakespeare. A partir de leurs pieces, les hommes de théâtres exprimaient, par des procédes modernes, les problemes inhérents a la société contemporaine, les échecs de la civilisation et les perversités politiques de l'époque du socialisme. Cette recherche de la mémoire du théâtre eut aussi un but tres pratique : par l'intermédiaire des auteurs classiques, les metteurs en scene slovaques pouvaient dire toute la vérité aux autorités politiques de l'époque sans risquer d'etre accusés de destruction, puisque les grands noms d'auteurs leur servaient de couverture.
 
En tout cas, ce furent justement ces mises en scene issues de la réinterprétation du drame classique slovaque et mondial et des scénarios écrits spécialement pour telle ou telle troupe qui ont apporté au théâtre une certaine renaissance, étant donné que le théâtre était emprisonné dans la "consolidation" politique des années 70 et 80. Ils temoignerent également de l'existence d'une nouvelle génération de metteurs en scene, d'acteurs et de scénographes lesquels ont peu a peu remplacé leurs anciens collegues qui, des les années trente, avaient créé les bases du théâtre slovaque. Cette ligne de l'art théâtral qui n'abordait plus le drame avec la piété des anciens, se montra comme étant la plus constructive. Il faut en chercher les débuts quelque part dans les années 60, dans les mises en scene de Miloš Pietor au théâtre de Martin, plus tard encore au Korzo (Divadlo na korze) de Bratislava, un théâtre non conformiste que les autorités politiques et du parti n'ont toléré que pendant quelques saisons, surtout vers 1968, l'atmosphere était la plus libérale. Apres, le Korzo a été liquidé. La aussi, le nom de Miloš Pietor apparaît, et a côté de lui, celui de Vladimír Strnisko qui a travaillé ensuite pour la Nouvelle Scene (Nová scéna) de Bratislava et devint l'un des artistes les plus créatifs. Il travailla ensuite au Théâtre national slovaque. Vu l'accent mis sur la théâtralité des spectacles, il est bien naturel, que le travail créatif des scénographes soit devenu également tres important. En plus de Ladislav Vychodil, le théâtre slovaque connaît quelques scénographes remarquables comme Vladimír Suchánek, Otto Šujan, parmi les plus jeunes : Jozef Ciller, Ján Zavarský, Mona Hafsahl et des costumiers, tels Milan Èorba, ¼udmila Várossová etc.
 
En parlant de la mémoire du théâtre slovaque, nous omettons de mentionner les acteurs, pour en éviter l'énumération. Cependant, il faut souligner que l'évolution du théâtre en Slovaquie, a depuis toujours été étroitement liée a l'activité des acteurs : c'est-a-dire depuis le temps des igric, en passant par les bourgeois et les étudiants qui jouaient dans les mysteres médievaux et dans les jeux scolaires des jésuites jusqu'aux premiers acteurs amateurs des temps de la rennaissance nationale et du romantisme, lorsque l'oppression hongroise était la plus dure, et puis les premiers acteurs professionnels qui participerent a la création du Théâtre national slovaque et le réseau des théâtres en Slovaquie. Ce sont des centaines, voire des milliers de visages, plus ou moins notoires, ou meme completement oubliés. L'art du comédien en Slovaquie a eu plusieurs formes, certaines d'entre elles ne sont plus a reconstruire aujourd'hui. On le disait parfois trop émotionnel, impulsif, d'une naiveté rurale et spontané. Mais compte tenu du fait que le théâtre amateur en Slovaquie a été pratiqué a partir du XIXe siecle avant tout par des étudiants et des intellectuels et non par des paysans (meme au temps des jésuites il s'agissait de mises en scene issues du milieu universitaire), nous pouvons facilement prouver qu'au lieu de grands gestes impulsifs, c'est plutôt une conception qui prédominait, une idée bien formulée, peut-etre meme la déclamation.
 
Apres la professionnalisation de l'art du comédien en Slovaquie au XXe siecle, deux tendances se sont imposées : la premiere met en relief des héros romantiques ou néo-romantiques, de grands héros et des innocents, surtout dans les mises en scenes des grands drames romantiques et lyriques écrits en vers. Cette tendance fut a la source meme de l'excellente école déclamatoire. Mentionnons MikulᚠHuba, Viliam Záborský, Mária Krá¾ovièová, et parmi les plus jeunes, Dušan Jamrich. L'autre tendance est liée a la civilisation typiquement urbaine, elle avait des aspects non héroiques, sceptiques et plus civiles. Parmi ces acteurs il faut mentionner Ladislav Chudík, František Dibarbora, Ctibor Filèík, et parmi plus jeunes, Božidara Turzonovová, Emília Vášáryová et Martin Huba. Actuellement, la majorité des jeunes acteurs plaide justement pour cette tendance.
 
En général, il faut dire que le théâtre slovaque a été depuis toujours pratiquement fondé sur l'art de l'acteur, et cela tant du point de vue de l'organisation que de celui de la créativité. Bien qu'il y ait eu et qu'il y ait encore maintenant de tres bons metteurs en scene qui ont su trouver leur place également en dehors des frontieres de la Slovaquie, nous ne pouvons pas parler de la prédominance de metteurs en scene sur d'autres participants. Nous pouvons dire un peu la meme chose pour ce qui est du théâtre lyrique. L'école slovaque du théâtre lyrique est devenue célebre meme a l'étranger, grâce a ses chanteurs. Nous ne mentionnerons ici que Lucia Poppová, Edita Gruberová et Peter Dvorský.
 
Si nous considérons le théâtre slovaque d'aujourd'hui, nous pouvons voir qu'il exprime avant tout une inquiétude immense quant a la destinée de l'homme. Cela a certainement un rapport avec l'état dans lequel se trouve la société slovaque apres une longue période de dévastation. De nouveaux problemes éthiques apparaissent ou joie et tristesse s'entremelent, en liaison avec l'évolution de l'apres 1989. Nous ne pouvons ne pas tenir compte des ennemis intérieurs et extérieurs a l'Etat slovaque de 1993, pas plus que de l'atmosphere agressive que l'on observe dans certains pays voisins et ... tout cela en Europe.
 
Le théâtre slovaque, tout comme les théâtres dans d'autres pays d'Europe, ne se veut pas optimiste a tout prix. S'il veut etre authentique, il doit préférer le tragique au comique, l'humour noir a la légéreté et a l'amusement. Au théâtre, le rire est devenu ironique, le monde est triste, le futur est incertain. Les costumes sont noirs et les masques blancs. Le théâtre qui se dit progressiste, se déplace plutôt dans des clubs, en des endroits pas trop traditionnels, en dehors des bâtiments officiels. En abandonnant ses lieux traditionnels, il perd leur mémoire, de meme qu'il se débarrasse des vieilles interprétations de drames et insere dans la littérature dramatique ses propres idées. Mais cela ne veut pas dire qu'il oublie absolument tout. C'est plutôt en se débarrassant d'une convention qu'il essaie de se souvenir des vrais atavismes théâtraux. Sa mémoire revient, une fois de plus, a la source meme qui, durant le long chemin du passé au présent restait sous la surface de toutes les variantes de l'époque.

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Last update: 21. 09. 2017 - ©Mike
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